L’étrange pouvoir de ces sorciers malfaisants était très redouté autrefois. Bien connu des anciens, l’art de nouer l’aiguillette était un maléfice qui avait pour but de nuire aux liens du mariage. L’Eglise regardait avec horreur ceux qui usaient de ces ligatures. Connue depuis l’antiquité, cette pratique magique fameuse qui contrait le désir de Vénus et procurait l’impuissance de l’homme ou de la femme pendant les feux de l’amour, fut évoquée aussi bien par Hérodote, Ovide et Virgile qui nous ont conservé les pratiques des noueurs d’aiguillettes de leurs temps. Aussi, Platon conseillait "de prendre garde à ce charme ou ligatures qui troublent la paix des ménages*"… Mais c’est surtout au moyen âge que son usage fut le plus répandu. Cette méchanceté s’accomplissait pendant les noces et on variait de mille manières l’art de nouer l’aiguillette. Ordinairement, le noueur se tenait à la porte de l’église, attentif aux paroles du prêtre. Il commençait par faire un nœud avec une petite corde de soie ou de lin en se signant de la main gauche tout en disant ces mots : ribald, puis un second nœud accompagné d’un signe de croix et du mot nobal. Pour que le charme soit complet, au moment où l’anneau nuptial passait aux doigts des mariés, il faisait un troisième nœud en prononçant entre ses dents le mot vanarbi. On prétend que les noueurs d’aiguillettes exerçaient leurs sortilèges aussi bien sur les gens ordinaires que sur les princes, les princesses et les rois. Leurs pratiques infernales et la terreur qu’ils inspiraient, pouvaient les faire condamner au gibet et des lois étaient ordonnées contre les crimes de magie et de sorcellerie qui demeurèrent longtemps en vigueur. Mais le plus souvent, cet enchantement frappait surtout l’imagination et la peur des jeunes gens crédules et innocents, telle est la puissance des affections de l’âme sur le corps. Toutefois, pour rompre ce charme redoutable, plusieurs moyens superstitieux et remèdes étaient préconisés. Selon le livre du Petit Albert, "Le Solide Trésor des Merveilleux Secrets de la Magie Naturelle & Cabalistique", et les secrets contenus dans ce petit Trésor, on recommandait de manger un pivert rôti saupoudré de sel bénit, d’enchâsser l’œil droit d’une belette dans un anneau que l’on porte sur soi, de mettre le jour des noces deux chemises à l’envers, ou de respirer la fumée d’une dent d’un homme mort depuis peu, d’uriner à travers l’anneau bénit, de mettre du sel dans ses poches ou ses souliers, ou encore de frotter avec de la graisse d’un vieux loup les pieds du lit nuptial… Cependant, pour s’opposer aux enchantements des noueurs d’aiguillettes malveillants et sauver votre aiguillette de l’entreprise des méchants, on vous conseille vivement de consulter les livres des démonologues les plus puissants !

*Platon, Des lois, livre II.

The Weird Sisters or The Three WitchesThe Weird Sisters or The Three Witches, 1783 by Johann Heinrich Füssli.
Painting on Shakespeare's "Macbeth"


 Magie Verte, les herbes et les arbres enchantés


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