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21 septembre 2011

La déesse Perséphone en automne

Dans le clair-obscur lunaire, la déesse antique Perséphone ouvrira la porte des Enfers avec un rameau de gui, pour rejoindre Hadès son mari. Quand cette divinité disparaîtra dans sa sombre demeure, les semences resteront sous terre pendant les longs mois d’hiver !

Proserpine/Persephone - Dante Gabriel Rossetti, 1874.

MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


Ces œuvres sont protégées par une certification CLEO qui confère à son auteur une date de création certaine sur son œuvre. Une signature numérique atteste de cette antériorité. Elle est soumise aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle. Toute reproduction ou représentation totale ou partielle doit faire l’objet d'une demande d'autorisation auprès de l’auteur. Concept et titres déposés et enregistrés à l'INPI : Institut National de la Propriété Industrielle.

26 février 2012

Les Sirènes antiques aux voix magnifiques

Les Sirènes aux origines incertaines et aux voix sans pareil, enchantent les sens de ceux qui passent près d’elles. Parthénope chante, Leucosie tient une lyre et Ligée joue de la flûte. Compagnes de Perséphone et témoins de son enlèvement, elles prièrent les dieux de leur donner des ailes pour chercher la jeune déesse partout sur la terre, ce qui leur fut accordé. Un jour pourtant, elles furent toutes dépouillées de leur beau plumage par les Muses pour avoir osé témérairement leur disputer le prix du chant. Privé du don de voler, elles se réfugièrent dans la houle ténébreuse, non loin des écueils de Charybde et Scylla. Cependant, un oracle leur prédit qu’elles vivraient aussi longtemps que les marins se laisseraient envoûter par leur chant. Mais si un seul passait, elles périraient. Les Sirènes échouèrent à entraîner Ulysse qui se déroba à leur emprise. Les accords enchantés de la lyre d'Orphée, triomphèrent aussi de leurs talents et protégèrent les Argonautes d’une mort funeste. Deux fois vaincues, les Sirènes réduites au silence se jetèrent dans la mer où Poséidon les accueillit en souveraines. On dit que le vent tombe brusquement à l’approche du séjour des Sirènes quand elles remontent des flots pour assécher leur peine ancienne et leur tourment. Gare aux marins qui se laissent engourdir l'esprit par leurs chants trompeurs, car ils perdront la vie, éblouis par leur beauté et leur enivrante mélodie !

Ulysse et les Sirènes - Victor Mottez 1809/1897.


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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28 février 2012

Les Enfers d'Hadès et la mystérieuse Hécate, souveraine des arts de la magie

Le ténébreux Hadès et la sombre Perséphone, règnent sur le monde souterrain. A leurs côtés, trône la Mort aux ailes noires et au visage pâle. Inexorable et terrifiante, elle aiguise sans cesse sa faux tranchante. A l’entrée des Enfers, l’effroyable Cerbère aux gueules béantes et à l’échine hérissée de reptiles, veille sur les âmes qui entrent sans retour dans le palais de la Nuit. Au plus profond des entrailles de la Terre se trouve le Tartare, séjour des âmes criminelles qui ont enfreint les lois divines. Dans ce gouffre insondable, les parjures et les scélérats sont livrés aux Erinyes vengeresses qui n’auront de cesse de tourmenter les meurtriers par le remord et le fouet. Les Parques demeurent près d’Hadès et décident du sort des humains. L’une file leur destin, l’autre tient la quenouille et l’ainée coupe le fil de la vie, même les dieux ne peuvent arrêter ce qu’elles ont entrepris ! Mais la plus remarquable des déesses infernales est sans doute la mystérieuse Hécate à la triple tête couronnée de rameaux de chêne et de vipères entrelacées. Cette divinité qui détient la clef des abîmes, commande au Ciel, à la Terre et aux Enfers. Accompagnée des nymphes Lampades armées de flambeaux ardents, Hécate apparaît lors des éclipses lunaires suivie de ses chiens hurlants et menaçants. Entourée d’une clarté livide, elle porte une dague, un fouet sanglant et retentissant, ainsi qu’une coupe pour les sacrifices funèbres auxquels elle préside. Prodiguant richesses et prospérité à ses adorateurs, elle répand l'abondance et la fertilité ou inflige les plus horribles fléaux à l’humanité. Vengeresse du crime, elle siège au conseil des rois respectables et rend justice à leurs côtés. Elle octroie à son gré la gloire à qui lui plait, récompense le triomphe des guerriers, exauce les prières des voyageurs égarés et secoure les marins qui affrontent l’Océan déchaîné. On invoque la puissante Hécate pendant les accouchements, car Cronos, roi des Titans, lui a donné la noble mission de veiller sur la destinée des enfants. Bienveillante selon sa volonté, cette divinité crainte entre toutes, est vénérée aux carrefours et aux seuils des portes où l’on élève sa statue. On apaise cette redoutable déesse pendant les Hécatésies* par des offrandes nocturnes déposées en son honneur sur un autel. En ces lieux et à chaque nouvelle lune, les sorciers l’appellent sept fois à grands cris après lui avoir sacrifié une hécatombe de taureaux, de brebis noires et de chiens. Souveraine de la magie, des spectres et des terreurs nocturnes, cette déesse des ombres et de la lune, tourmente le sommeil des mortels qui ont provoqué son courroux. Aussi quand l’astre lunaire est dans son déclin, surgissent les Hécatées, fantômes effrayants qui épouvantent l’âme des mécréants. L’empire d’Hécate est immense et plus vaste encore est sa puissance car Zeus qui jamais ne renia ses pouvoirs, lui accorde les plus grandes faveurs et la comble d’honneurs !

 

* Hécatésies : fêtes et sacrifices en l'honneur d'Hécate que l'on faisait tous les mois à Athènes, ville de Grèce où l’on avait le plus de vénération pour cette déesse.

The Triple Hecate, 1795 - William Blake.


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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11 avril 2012

L’influence de la Lune

L’étrange lumière lunaire qui éclaire la nuit, verse sur tous les êtres et les corps animés, les plantes et l’atmosphère, une mystérieuse et secrète influence. Observée par les anciens, cette emprise se fait aussi remarquer sur les créatures de la nuit et les humains. Pendant la pleine lunecertains se transforment en loups-garous sanguinaires et les vampires se régénèrent. On dit aussi qu’elle exerce une influence morbide sur les maladies de l’esprit. Astronomes, physiciens, savants et philosophes ne peuvent s’accorder sur l’influence de cette planète à l’égard des végétaux, des hommes et des animaux ! Pourtant, la lune est la cause du flux et du reflux des marées sur les rivages et son action élève et abaisse les eaux de l’océan deux fois par jour. Les principaux changements de temps correspondent à la pleine ou nouvelle lune. Mais avant toute chose, on assure que la lune croissante est favorable à ce qui est sur terre et en particulier aux plantes qui portent des fruits, tandis que la lune décroissante est bénéfique à tout ce qui se trouve enfoui sous terre et favorise les racines. Pendant la croissance de la lune, la sève monte jusqu’à la cime des arbres et le bois coupé sèche difficilement. Quand la lune est dans son déclin, la sève se retire vers les racines et ce même bois devient plus dur et d’un meilleur usage. Il faut donc choisir la bonne lune avant d’abattre un arbre. Pendant les nuits fraîches et sereines du printemps, on attribue à la lumière froide et humide de la lune rousse*, le pouvoir de geler les jeunes pousses et les bourgeons et de roussir les feuilles. Seul un ciel voilé peut arrêter les rayonnements glacés de l’astre de la nuit pour que les plantes soient préservées de la gelée. Cependant, les rayons de la lune frappent les nuages et tendent à les dissiper, on dit alors que la lune mange les nuages. Dans l’obscurité printanière, les plantes les plus tendres se referment et se courbent dans la fraîcheur de la nuit mais elles se redressent et éclosent dès que le soleil luit !

 

* On appelle lune rousse, celle qui commence en avril et devient pleine à la fin de ce mois. Ce terme ne désigne pas l'aspect de la Lune et la coloration rougeâtre qu'elle peut prendre parfois mais ses effets dévastateurs sur les jeunes pousses et la végétation.

Moon Nymph - Luis Ricardo Falero, 1851/1896.

 


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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24 juin 2013

Midsummer

Midsummer 2013 © Cécile Decorniquet
"Midsummer", 2013 © ceciledecorniquet.com

 

La Saint-Jean d'été, article

 


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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19 mars 2012

Les humides naïades

Ces nymphes aux prunelles verdâtres, qui reflètent les eaux douces qu’elles gardent farouchement, aiment au sortir de l’eau, se parer de voiles humides et embellir leurs charmes d’herbes aquatiques et de verts roseaux. Les naïades séjournent près des ondes claires et paisibles qui sinuent partout sur la terre, des rivières invitant à la baignade, des fleuves aux ondes tourbillonnantes et des cascades aux eaux fraîches et vives chutant avec fracas. Divinités limpides et fluides, elles plongent avec délice dans l'onde profonde et se laissent porter au fil de l'eau. Elles chantent et dansent sur les rives et s'endorment sur des lits de mousses légères et de joncs. Symboles de bienfaits et de santé, leurs eaux salutaires, aux pouvoirs divinatoires et purificateurs, s'écoulent de leurs urnes débordantes pour arroser, sur terre, les fleurs naissantes et les contrées verdoyantes. Chaque année, après la sécheresse de l’été, les Fontinales étaient célébrées en l'honneur des naïades. Ce jour là, on avait pour coutume de se réunir près des ruisseaux, des fontaines et des puits que l'on couvrait d'herbes florissantes. Les enfants étaient couronnés de fleurs trempées dans l'eau des sources pour les préserver des sorts et des maladies. Présidant à tous les éléments, à l'air lui-même qui en est imprégné, l'eau évoque l'immortalité de leurs âmes jaillissant en volutes bleutées des sources qui dispensent sur Terre, l’abondance et la fertilité !

Hylas and the Nymphs (detail) - John William Waterhouse - 1896.


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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21 décembre 2012

L’hiver, symbole du désespoir de Déméter et la naissance des saisons

Un jour qu’elle cueillait des narcisses et des violettes dans les prairies de Sicile, non loin du mont Etna, Perséphone, fille de Zeus et de Déméter, fut enlevée par Hadès, le terrible souverain des Enfers. Il emporta la jeune déesse dans son sombre empire, malgré la résistance et les cris de la nymphe Cyané et des Sirènes qui l’accompagnaient. Ignorant tout du sort de sa fille, la majestueuse déesse Déméter chercha Perséphone partout sur la terre et la pleura pendant neuf jours et neuf nuits. Voyant l’immortelle en proie à une immense douleur, la naïade Aréthuse, témoin de l’enlèvement de Perséphone, lui révéla la destinée de sa fille devenue l’épouse du ténébreux Hadès au royaume des ombres. Aussitôt instruite du rapt de Perséphone, Déméter maudit la terre et la déclara indigne de ses bienfaits ! Sur son char attelé de rapides dragons, elle traversa les airs, se transporta vers l’Olympe et déclara, les yeux baignés de larmes, que si on ne lui rendait pas sa fille, famine et sécheresse s’installeraient partout sur le monde. Sensible à sa peine et voyant la terre déchue de sa fertilité, le roi des dieux accepta le retour de Perséphone pourvu qu'elle n’ait rien mangé dans l’empire des morts. Déméter crut ramener sa fille avec elle mais les lois du Destin en décidèrent autrement. Ascalaphe, fidèle officier d’Hadès, rendit impossible le retour de la jeune déesse sur Terre en dévoilant à Zeus, avoir vu Perséphone porter quelques grains de grenade à ses lèvres et rompre ainsi le jeun imposé par les Parques. Zeus décida alors que Perséphone devrait passer six mois de l’année dans les ténèbres éternelles près de son mari et l’autre moitié sur Terre en compagnie sa mère. Déméter, indignée de l’indiscrétion d’Ascalaphe, se vengea en jetant de l'eau bouillante du Phlégéthon à la figure du cruel délateur qui se métamorphosa aussitôt en hibou, une créature aux cris lugubres et aux présages funestes. Cependant, malgré l’unique satisfaction qu’elle obtint de Zeus, le calme réapparut dans le cœur de la déesse nourricière qui répandit à nouveau ses bienfaits et l’abondance sur terre. Devenue reine des ténèbres, Perséphone ouvre chaque hiver la porte des Enfers avec un rameau de gui pour rejoindre Hadès son mari. Quand elle disparaît dans sa sombre demeure pendant les longs mois d’hiver, Déméter, son auguste mère, est en deuil et délaisse la végétation terrestre. La nature se met au repos et les semences restent enfouies sous terre avant de reparaître à la lumière quand Perséphone remonte des Enfers. Depuis ce temps, là où il régnait un printemps perpétuel, on vit apparaître le rythme des saisons !

 

Dans cette histoire on voit que Perséphone qui est emportée en Enfer est le grain de blé qui reste sous terre la moitié de l’année. Quand elle remonte sur terre voir sa mère, elle est le blé qui sort du sol et nourrit les hommes.

L'Enlèvement de Proserpine (vers 1650), par Simone Pignoni.

The Abduction of Proserpine, 1631 - Rembrandt van Rijin.


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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1 mai 2012

La nymphe Echo et Narcisse

Echo était une oréade volubile qui distrayait la reine de l’Olympe par de longs discours habiles pour favoriser les infidélités de Zeus. Elle fut condamnée par cette dernière, instruite de cette perfidie, à ne plus jamais parler la première et à ne répéter que la fin des mots. Un jour pourtant, la nymphe soumise au silence rencontra le jeune Narcisse errant au fond des bois. Intriguée, elle le suivit pas à pas. Ce jeune éphèbe dont la beauté n'avait point d’égal, était fils de la nymphe Liriope et du fleuve Céphise. Curieuse de la destinée de son enfant, Liriope consulta l’oracle qui lui prédit qu’il vivrait fort longtemps, s'il ne se voyait pas lui-même, menaçant même Narcisse d'une mort soudaine s'il approchait des fleuves, des lacs, des étangs et des ruisseaux. Parvenu à l'adolescence, le fier Narcisse au cœur farouche que l'on ne pouvait voir sans l'aimer, fuyait les nymphes et leur amour, préférant poursuivre le cerf et le sanglier dans les forêts. Echo séduite et passionnément éprise, s'approcha timidement du jeune homme et soupira. Prête à lui révéler son amour secret elle ouvrit la bouche qui lui refusa la parole. Confuse et honteuse, la nymphe désemparée versa des sanglots silencieux que Narcisse ne pensa même pas à sécher. Déconcerté devant tant de chagrin, il rejoignit ses compagnons, la laissant seule dans la forêt. Eperdue de douleur, elle se consuma de tristesse dans les bois, il ne resta d'elle que sa voix. La nymphe solitaire devint un son impalpable qui retentit dans les airs et son corps élancé, desséché par les regrets, se changea peu à peu en rocher. Ses compagnes, émues par son triste sort et victimes elles-mêmes de la froide indifférence de Narcisse, prièrent l'Amour de les venger. Le dieu exauça leur vœu et conduisit le jeune Narcisse, tourmenté par la soif après une longue partie de chasse, près d'une source isolée. Tandis qu'il se penchait, le cristal de l'eau lui renvoya son reflet. Couché sur la rive il contempla, immobile, la beauté de son image qui lui inspira aussitôt une étrange folie. Il tendit les bras et demeura en extase devant son reflet sans pouvoir détacher ses yeux du miroir des eaux. C'est ainsi que l'orgueilleux Narcisse, éperdu d'amour pour lui même, se précipita dans l'onde et s'éteignit pour toujours sous les yeux de l'Amour en donnant naissance à une fleur délicate qui meurt la tête penchée. Les nymphes éplorées qui se crurent trop vengées, versèrent des larmes amères en cherchant partout le corps de Narcisse sur la rive. Au milieu des herbes humides, elles ne trouvèrent qu'une fleur charmante flottant sur les eaux. Depuis, on dit que cette jolie plante est liée à la mort et qu'elle provoque l'engourdissement des sens. On prétend aussi que l'ombre de Narcisse se penche toujours et ne cesse de s'admirer dans les eaux glacées du Styx, le fleuve aux vapeurs délétères qui ceint neuf fois par ses méandres les Enfers !

Echo and Narcissus - John William Waterhouse, 1903.

Echo, 1874 - Alexandre Cabanel.


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23 octobre 2011

L’hamadryade Deoia et le redoutable Erysichton

Deoia était une hamadryade chère à Déméter, née dans l’écorce d’un chêne d’une splendeur sans égal planté au milieu d’une forêt épaisse habitée d’arbres immenses consacrés à la déesse. Sous ses rameaux parés de bandelettes et d'offrandes, les dryades se rassemblaient les jours de fêtes pour danser d’un pas léger et enlacer l'arbre au tronc vénéré. Un jour pourtant, le redoutable Erysichthon, prince Thessalien qui méprisait les dieux et leur culte, entreprit avec ses hommes à l’allure de géants de raser à coups de hache l’antique forêt de Déméter et le chêne qu’elle aimait tant. Soudain, sous les coups des cognées, une voix tremblante et gémissante sort du creux de l’arbre et demande au profanateur de cesser, mais l’arrogant achève son crime. Le chêne meurtrit fait craquer ses grands bras, s’ébranle et tombe, entraînant avec lui tous les arbres de la forêt. Devant ce sacrilège odieux et cette impiété, Deoia arrachée à la vie prédit à Erysichthon le plus terrible des châtiments. Les dryades en deuil, épouvantées par la mort de leur sœur bien-aimée, conjurent Déméter de les venger. En proie à une grande colère, l’immortelle exauce leurs prières et veut livrer le prince cruel à l’audace criminelle, à la Faim dévorante et éternelle. La déesse nourricière en appelle à une vaillante oréade pour accomplir sa vengeance puisque selon les lois du Destin, la Faim et Déméter ne peuvent se trouver, et l'instruit en ces termes : « Il existe aux confins de la Scythie, une région désolée où rien n’a jamais germé. Va sur mon char ailé et trouve la Faim aux flancs desséchés qui habite avec le Froid, la Pâleur et la Fièvre et transmet mes ordres à l’horrible déesse. Puisse-t-elle s’installer dans les entrailles du perfide et triompher de mon pouvoir et de mes bienfaits ! ». L'oréade monte sur le char de Déméter attelé de rapides dragons volants et s’élève dans les airs en se laissant porter par les vents. Elle arrête sa course sur le mont Caucase et aperçoit le visage pâle et exsangue de la Faim, la bouche avide remplie de dents aigües. Son corps décharné aux os pointus rampe sur le sol à la recherche de quelques brins d’herbes fanés. N’osant s’approcher, l'oréade légère lui adresse du plus loin qu’elle peut la prière de Déméter. A peine son message est-il délivré qu’elle ressent déjà dans son corps l’aiguillon de la Faim. Elle remonte en hâte sur son attelage et s’en retourne avec agilité dans les vertes prairies des plaines de Thessalie. La Faim déploie ses ailes, s’envole et quitte sa contrée aride pour accomplir ses sombres desseins. Elle trouve Erysichthon endormi, étend son ombre au-dessus de l'impie, l’embrasse et répand au plus profond de ses entrailles une insatiabilité perpétuelle. On dit qu’à son réveil, torturé par une voracité sans fin et un rongé par les tourments de la Faim que rien ne pouvait satisfaire, Erysichthon engloutit et épuisa toute ses richesses et devint si famélique qu’il se dévora lui-même !

The Hamadryad - Emile Jean Baptiste Philippe Bin, 1870.

MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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24 janvier 2014

La conjuration des quatre. Oraisons des Sylphes, des Gnomes, des Ondins et des Salamandres

Oraison des Sylphes

Esprit de lumière, esprit de sagesse, dont le souffle donne et reprend la forme de toute chose ; toi devant qui la vie des êtres est une ombre qui change et une vapeur qui passe ; toi qui montes les nuages et qui marches sur l'aile des vents ; toi qui respires, et les espaces sans fin sont peuplés ; toi qui aspires, et tout ce qui vient de toi retourne à toi : mouvement sans fin dans la stabilité éternelle, sois éternellement béni. Nous te louons et nous te bénissons dans l'empire changeant de la lumière créée, des ombres, des reflets et des images, et nous aspirons sans cesse à ton immuable et impérissable clarté. Laisse pénétrer jusqu'à nous le rayon de ton intelligence et la chaleur de ton amour : alors ce qui est mobile sera fixé, l'ombre sera un corps, l'esprit de l'air sera une âme, le rêve sera une pensée. Et nous ne serons plus emportés par la tempête, mais nous tiendrons la bride des chevaux ailés du matin et nous dirigerons la course des vents du soir pour voler au-devant de toi. Ô esprit des esprits, ô âme éternelle des âmes, ô souffle impérissable de la vie, ô soupir créateur, ô bouche qui aspirez et qui respirez l'existence de tous les êtres dans le flux et le reflux de votre éternelle parole, qui est l'océan divin du mouvement et de la vérité. Amen.

 

Oraison Des Gnomes
Roi invisible, qui avez pris la terre pour appui et qui en avez creusé les abîmes pour les remplir de votre toute puissance ; vous dont le nom fait trembler les voûtes du monde, vous qui faites couler les sept métaux dans les veines de la pierre, monarque des sept lumières, rémunérateur des ouvriers souterrains, amenez-nous à l'air désirable et au royaume de la clarté. Nous veillons et nous travaillons sans relâche, nous cherchons et nous espérons, par les douze pierres de la cité sainte, par les talismans qui sont enfouis, par le clou d'aimant qui traverse le centre du monde. Seigneur, Seigneur, Seigneur, ayez pitié de ceux qui souffrent, élargissez nos poitrines, dégagez et élevez nos têtes, agrandissez-nous. Ô stabilité et mouvement, ô jour enveloppé de nuit, ô obscurité voilée de lumière ! Ô maître, qui ne retenez jamais par devers vous le salaire de vos travailleurs ! Ô blancheur argentine, ô splendeur dorée ! Ô couronne de diamants vivants et mélodieux ! Vous qui portez le ciel à votre doigt comme une bague de saphir, vous qui cachez sous la terre dans le royaume des pierreries la semence merveilleuse des étoiles, vivez, régnez et soyez l'éternel dispensateur des richesses dont vous nous avez fait les gardiens. Amen.

 

Oraison des Ondins
Roi terrible de la mer, vous qui tenez les clefs des cataractes du ciel et qui renfermez les eaux souterraines dans les cavernes de la terre ; roi du déluge et des pluies du printemps ; vous qui ouvrez les sources des fleuves et des fontaines ; vous qui commandez à l'humidité, qui est comme le sang de la terre, de devenir la sève des plantes, nous vous adorons et nous vous invoquons. Nous, vos mobiles et changeantes créatures, parlez-nous dans les grandes commotions de la mer, et nous tremblerons devant vous ; parlez-nous aussi dans le murmure des eaux limpides, et nous désirerons votre amour. Ô immensité dans laquelle vont se perdre tous les fleuves de l'être, qui renaissent toujours en vous ! Ô océan de perfections infinies ! Hauteur, qui vous mirez dans la profondeur ; profondeur, qui vous exhalez dans la hauteur, amenez-nous à la véritable vie par l'intelligence et par l'amour ! Amenez-nous à l'immortalité par le sacrifice, afin que nous soyons trouvés dignes de vous offrir un jour l'eau, le sang et les larmes, pour la rémission des erreurs. Amen.

 

Oraison des Salamandres
Immortel, éternel, ineffable et incréé, père de toutes choses, qui est porté sur le chariot roulant sans cesse des mondes qui tournent toujours ; dominateur des immensités éthérées, où est élevé le trône de ta puissance, du haut duquel tes yeux redoutables découvrent tout, et tes belles et saintes oreilles écoutent tout, exauce tes enfants, que tu as aimés dès la naissance des siècles ; car ta dorée et grande et éternelle majesté resplendit au-dessus du monde et du ciel des étoiles ; tu es élevé sur elles, ô feu étincelant ; là, tu t'allumes et t'entretiens toi-même par ta propre splendeur, et il sort de ton essence des ruisseaux intarissables de lumière qui nourrissent ton esprit infini. Cet esprit infini nourrit toutes choses, et fait ce trésor inépuisable de substance toujours prête pour la génération qui la travaille et qui s'approprie les formes dont tu l'as imprégnée dès le principe. De cet esprit tirent aussi leur origine ces rois très saints qui sont autour de ton trône, et qui composent ta cour, Ô père universel ! Ô unique ! Ô père des bienheureux mortels et immortels. Tu as créé en particulier des puissances qui sont merveilleusement semblables à ton éternelle pensée et à ton essence adorable ; tu les as établies supérieures aux anges, qui annoncent au monde tes volontés; enfin tu nous as créés au troisième rang dans notre empire élémentaire. Là, notre continuel exercice est de te louer et d'adorer tes désirs ; là, nous brûlons sans cesse en aspirant à te posséder. Ô père ! Ô mère, la plus tendre des mères ! Ô archétype admirable de la maternité et du pur amour ! Ô fils, la fleur des fils ! Ô forme de toutes les formes, âme, esprit, harmonie et nombre de toutes choses ! Amen ! 

Dogme et Rituel de la Haute magie par Eliphas Lévi

Les quatre éléments et le peuple élémentaire, article

 

Gravure d'une Salamandre selon Paracelse

 

 


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19 mai 2012

Le Corbeau, messager des ténèbres

Sinistre compagnon des sorcières, le corbeau* est un oiseau de mauvais augure, qu’elles envoient voler dans les airs pour transmettre leurs messages. Le rencontrer est signe de malheur et parfois de mort, surtout quand il se pose sur le toit d’une maison. Son croassement lugubre fait frémir et ses grandes ailes d’un noir profond, inspirent crainte et tristesse. Selon ses cris et la direction de son vol, il annonce les tempêtes, la guerre et la famine. On prétend que le démon peut se montrer sous la figure d’un corbeau. Lorsque les sorciers disent la messe du sabbat, ils invoquent le Diable en criant trois fois : Corbeau noir ! Corbeau noir ! Il fait partie des créatures réputées être sous la dépendance du Diable qui donne à chaque sorcière, le jour du sabbat, des animaux prenant l’apparence soit d’un crapaud, d’un chat noir, d'une chauve-souris ou d’un corbeau. Depuis les temps les plus reculés, on accorde au corbeau une vertu prophétique : il pressent l’avenir. On dit que certains sorciers mangent le cœur et les entrailles des corbeaux dans l’espoir d’acquérir le don de prophétie. Toutefois, il ne faut pas confondre les corneilles au plumage plus brillant, avec les corbeaux qui sont très différents par leur grosseur et par leurs mœurs. Au contraire de ces dernières, le corbeau se fait un nid fort grand dans des arbres élevés au milieu des forêts profondes, qu’il tapisse confortablement de fourrure de cerf, de brindilles, d’herbes douces et de mousses. Aussi, cet oiseau si inquiétant qui se délecte de chairs putrides et corrompues, séduit sa compagne par une sorte de chant d’amour et une parade nuptiale. Ensemble, ils expriment leur tendresse en se caressant l’un l’autre le bec et s’inspirent un amour constant. Réputé pour sa grande longévité, on dit qu’il peut vivre jusqu’à cent ans. Cet animal majestueux, volontiers charognard et criard, est, au contraire d’autres espèces, rusé et intelligent. C’est aussi l’oiseau favori d’Odin, dieu du savoir, de la guerre et de la mort de la mythologie nordique. Perchés ordinairement sur les épaules du roi des palais aériens, les deux fidèles corbeaux, Hugin et Munin, parcourent les neuf mondes d’un vol rapide en regardant au loin !

 

* Le corbeau est un animal psychopompe comme le cheval, le loup, l'hippocampe, le dauphin, le phoque, l'abeille, le chien, la chouette, le moineau... Ils ont la tâche de transporter l'âme des défunts vers l'autre monde.

The Garden of Earthly Delights, detail raven - Jérôme Bosch entre 1503 et 1504.

 

Selon Hildegarde de Bingen dans "Le livre des subtilités des créatures divines" : "le corbeau est astucieux, audacieux, il n'a pas peur, il ne fuit ni ne craint l'homme. Si bien qu'il pourrait facilement parler avec lui et qu'il aurait le savoir-faire nécessaire pour cela, s'il n'était une bête sans raison. Et parce qu'il connaît l'homme, il dérobe souvent ce que celui-ci garde auprès de lui. Sa chair n'est pas bonne à manger pour l'homme, car il a la nature des brigands et des voleurs. Et tout ce qui est en lui ne vaut rien pour la médecine..." 

 


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


Ces œuvres sont protégées par une certification CLEO qui confère à son auteur une date de création certaine sur son œuvre. Une signature numérique atteste de cette antériorité. Elle est soumise aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle. Toute reproduction ou représentation totale ou partielle doit faire l’objet d'une demande d'autorisation auprès de l’auteur. Concept et titres déposés et enregistrés à l'INPI : Institut National de la Propriété Industrielle.

8 juin 2013

Rencontre avec la phototgraphe Cécile Decorniquet - Focus Numérique

Par Katia Cordova, 28 Mai 2013 17h45

Diplomée de l’École des Gobelins, nominée au prix HSBC 2012, lauréate Jeunes Talents SFR 2013, c’est une jeune photographe qui nous ouvre les portes de son univers teinté d’imaginaire, d’onirisme et d’illusion.
Explorant le réel, Cécile Decorniquet aime l’idée de « transfigurer cette réalité à travers l’imaginaire du photographe afin de s’inscrire dans une démarche de création ». Son travail est un voyage tourné essentiellement vers le portrait qu’elle décline dans des séries où l’enfance est racontée tel un conte, où la féminité est évoquée dans une dimension d’étrangeté.
Cécile Decorniquet manipule l’image en imposant des perspectives singulières et inhabituelles du portrait contemporain, appelant aussi bien les maitres de la peinture flamande que ceux de la peinture baroque espagnole, ou encore la rêverie mélancolique des petites filles de Lewis Carroll.
Une sensibilité esthétique qu’elle arrive à conserver même dans ses travaux de commandes, ce qui est assez rare pour une jeune artiste et qui mérite d’être souligné. 
Lauréate Jeunes Talents SFR 2013, sa série sera exposée cet été, à partir du 1er juillet lors des Rencontres d’Arles 2013, dont la thématique imposée était Photographie et manipulation...

Suite de l'interview sur FOCUS NUMERIQUE

Berlin 1 - 2008 © Cécile Decorniquet

18 octobre 2013

Le Matin

Le feu des étoiles commence à pâlir ;  
la Nuit dans ses voiles court s'ensevelir.  
L'ombre diminue, et comme une nue 
S'élève et s'enfuit : le Jour la poursuit ;  
Et par sa présence, chasse le Silence, 
Enfant de la Nuit...  
Mais déjà l'Auroredu feu de ses yeux 
Embellit et dore les portes des Cieux...  
Le dieu du reposcouvert de pavots
Remonte avec peine sur son char d'ébène.  
Dans les airs portés, 
Les aimables songessuivis des mensonges, 
Sont à ses côtés... 

Art poétique de Boileau, & divers morceaux choisis de poésie française

L'Aurore vers 1755/56, Jean-Honoré Fragonard.

 

 


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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24 octobre 2011

Le Basilic, une bête antique à l'haleine maléfique !

Mi-coq mi-serpent, cette créature diabolique au regard perçant pétrifie et donne la mort dans l’instant. On prétend que le Basilic naît d’un œuf parfaitement rond, sans jaune, pondu par un vieux coq et qu'un crapaud, âgé d'un certain nombre d'années, couve tendrement ! Ce monstre doté d'ailes épineuses et d'un crochet au bout de la queue, tue par sa seule vue et sème la désolation partout où il passe. Son haleine fétide et le contact de sa peau sont des poisons mortels. Les herbes se flétrissent sur son passage, les rochers sont dissous et les eaux sont infectées. De tous les animaux, seule la belette ne craint pas son venin et ces deux créatures se disputent des combats sans merci dans les forêts. Pour le vaincre, il suffit de lui renvoyer son regard à l'aide d'un miroir. Si vous apercevez ce monstre cruel avant qu’il ne vous voit, vous n’aurez rien à craindre de sa malfaisance, mais si le Basilic rencontre vos yeux le premier, sur-le-champ vous succomberez !

Une belette combattant un Basilic, gravure attribuée à Wenceslas Hollar, 1607/1677.

 

La gravure ci-dessus nous montre une belette combattant un Basilic. Vous remarquerez que ce petit animal très farceur et rusé, s’est entouré le corps d’une plante nommée la Rue. Cette herbe tant redoutée des reptiles, lui permettra de combattre sans crainte le dangereux Basilic au regard pétrifiant, créature mythique mi-coq mi-serpent !

 


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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8 juillet 2017

Magie Verte, les herbes et les arbres enchantés

Magie Verte, les herbes et les arbres enchantés
Cet ouvrage est né d’une association mère et fille. Nous avons conjugué nos envies et nos savoir-faire le temps d'un livre consacré aux plantes et aux arbres liés aux rituels de la Saint-Jean, au monde de féerie, aux légendes celtes et à la mythologie....
31 mai 2014

Les Fées

Mystérieuses et magiciennes, les Fées bercent les rêves et les contes de notre enfance. Célestes et bienveillantes marraines, la coutume veut qu’elles se penchent sur le berceau des nouveaux nés pour leur accorder des dons précieux. D’un coup de baguette magique elles exaucent les vœux et se montrent généreuses avec les enfants. Gardiennes charmantes de la nature, elles protègent les bois et les forêts enchantés. Belles, vaporeuses, fantaisistes et insaisissables, elles dansent au clair de lune avec les elfes dans des rondes effrénées et se transportent en un clin d’œil dans les airs à l’autre bout de la terre. Toutefois, soyez prudent car elles sont imprévisibles et susceptibles. Prenez garde à ne pas leur faire ombrage ou elles vous joueront un très mauvais tour. Ainsi, Obéron, roi des génies doit son drôle d’aspect et sa petite taille, trois pieds de haut, à une Fée offensée qui lui jeta un sort le jour de son baptême. Pour adoucir son sort une autre lui fit don d’une grande beauté. Les Fées ne sont pas toujours secourables, bonnes et serviables. Quelques unes versées du côté de la diablerie et dont il faut bien se garder sont vieilles, laides, bossues et méchantes. Méfiez-vous de la Carabosse et des redoutables Fées noires à la chevelure d’ébène qui usent de leur pouvoir et de leur baguette magique pour maudire et jeter des sorts. On dit que ces esprits d’un autre ordre président et filent nos destinées. Certains naîtront sous de bons auspices quand d’autres grandiront sous de sinistres augures. Cependant, on prétend que chaque enfant qui vient au monde a une bonne Fée qui l’attend !

Peinture préraphaélite représentant une fée. Take the Fair Face of Woman, and Gently Suspending, With Butterflies, Flowers, and Jewels Attending, huile sur toile, Sophie Anderson (1823/1903), collection privée, Londres.

The Fairy Dance (détail) by Robert Alexander Hillingford before 1904.

The bad fairy Carabosse by Léon Bakst, who created the décor and about 300 costume designs in 2 months for Diaghilev's lavish 1921 production of The Sleeping Princess in London.

 


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22 juin 2016

Le Héron, un oiseau symbole de la patience et de la sobriété

Le Héron au long bec emmanché d’un long cou est un oiseau farouche et solitaire. Il habite les rives fertiles, le bord des marécages et des rivières où il se nourrit de poissons. Au moyen de ses longues jambes, il entre dans l’eau sans mouiller ses plumes. Immobile, il passe des heures et des jours à la même place. Le corps droit, il paraît comme endormi sur un seul pied, le cou replié sur la poitrine, au point de laisser douter qu’il est animé. Quand il se met en mouvement, il entre dans l’eau jusqu’au genou, la tête entre les jambes pour guetter le passage d’un poisson ou d’une grenouille. Il attend pendant des heures que la proie vienne s’offrir à lui. On dit qu’il doit subir de longs jeûnes et qu’il ne résiste qu’à force de patience et de sobriété. Cependant, il y a peu d’oiseaux qui s’élèvent si haut dans le ciel. Quand il prend son envol, il déploie ses larges ailes, plus grandes que celles de tous les autres oiseaux, et disparaît à la vue dans la région des nuages. On assure que les pattes de héron attirent le poisson. En effet, lorsqu’il pêche le héron piétine le fond de l’eau en faisant ressortir une vase qui les attire. Autrefois, une huile magique était extraite de ses échasses que l’on mettait à bouillir et des fioles d’huile de pattes de Héron se vendaient à prix d’or. La graisse de Héron servait d’amorce pour attirer les poissons dans les filets des pêcheurs. En médecine, on la recommandait pour apaiser les douleurs de la goutte. Aussi, elle était très estimée pour éclaircir la vue et guérir la surdité en l’instillant dans les oreilles. Anciennement, sa chair était servie comme met d’honneur sur la table des princes, aujourd’hui elle est tombée en désuétude. Les anciens naturalistes décrivaient le Héron comme un oiseau taciturne, timide, poltron et couard dont "la peine intérieure trace sa triste empreinte jusque sur sa figure". Pourtant, sa prudence et sa patience à toute épreuve n’excluent pas le courage mais ces vertus qu’il possède l’ont fait passer pour stupide. Le Héron est un pêcheur bien habile car avec son bec acéré, il sait frapper avec force et justesse ses proies ou ses ennemis. On prétend qu’il est en alliance avec la corneille dont il recherche le voisinage et qu’ensemble ils forment une ligue contre le renard. Les deux oiseaux se prêtent mutuellement secours pour l’attaquer quand ils se sentent en danger. Dans les merveilleux récits de la mythologie, on raconte que le Héron est né d’une métamorphose ; du feu consumant la ville d’Ardée dont il ne restait qu’un vaste amas de cendres, les poètes disent : "De ce monceau fumant, seul reste de ses toits, Un oiseau, que l'on vit pour la première fois, Naît, s'élève, et du vent de ses bruyantes ailes, Eparpille le feu qui vole en étincelles. Maigre, pâle, son air, sa tristesse, son chant, D'une ville détruite est l'emblème touchant : il semble que d'Ardée il plaigne la ruine : Son nom rappelle encore sa première origine." En effet, Ardée ou Ardea en latin signifie Héron !

L'Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions, et naïfs portraicts retirez du naturel,
escripte en sept livres par Pierre Belon du Mans.
(Vers de G. Aubert, N. Denisot, J. Vezou, D. Jacotius)
 

 


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14 octobre 2018

L'Aubépine, le buisson aux fées

Epine blanche, Chaste épine, Arbre de mai, Noble épine, Cenellier... Cet arbuste épineux au bois dur et aux fleurs blanches parfumées qui s'ouvrent en mai, pousse à la lisière des forêts formant d'infranchissables haies. Symbole de l'innocence et de la pureté, l'Aubépine est consacrée aux déesses vertueuses et à la nymphe Cardea. Cette divinité protectrice douée du pouvoir d'ouvrir et de fermer les portes, préserve les petits enfants des funèbres Striges, oiseaux de malheur suceurs de sang. On affirme que l'Aubépine donne des baguettes magiques aux pouvoirs les plus grands et qu’une branche taillée en pointe peut transpercer le cœur des vampires et les tuer définitivement. Jadis, des couronnes d'Aubépine étaient tressées et déposées autour des buissons parfumés pour que les fées et les esprits bienveillants viennent y danser les nuits de pleine lune. Une branche d’Aubépine posée au pied du lit des nourrissons les protégera des maladies et des malédictions !

Photo © Cécile Decorniquet Studio


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2 avril 2016

Le Géranium à Robert, la fourchette du diable

Herbe à Robert, Aiguille de Notre-Dame, Epingle de la vierge, Herbe rouge, Bec de grue, Cerfeuil sauvage... Le Géranium à Robert pousse dans les sous-bois ombragés et affectionne particulièrement les vieilles pierres. Son feuillage vert tendre et sa tige prennent une très jolie teinte rouge à l'automne. Ses petites fleurs roses sont finement maquillées de raies sombres dans leurs pétales. Les fruits longs et effilés, ressemblent étrangement à un bec de grue ou de cigogne. Les feuilles froissées entre les doigts dégagent une odeur déplaisante qui éloigne les insectes et les moustiques. L'infusion de cette plante a des propriétés diurétiques et toniques et ses vertus médicinales arrêtent les saignements et cicatrisent les plaies. Cependant, prenez garde au Géranium à Robert qui veille sur l'antre des sorcières, car cette herbe enchantée, soigneusement frottée sur les fenêtres, les poignets et les loquets, les avertira de votre indiscrétion en se tournant magiquement dans votre direction !

Photo © Cécile Decorniquet Studio


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10 juin 2012

Orphné, Déméter, Ascalaphe et la naissance du hibou

Nymphe du lac d’Averne, Orphné était l’une des plus belles divinités. Elle épousa le dieu fleuve Achéron, aux sombres rivages et aux flots amers, que Zeus précipita dans le Tartare pour avoir étanché la soif des Titans. Des amours d’Orphné et de l'Achéron, naquit Ascalaphe qui devint l'intendant des mines d'Hadès et son fidèle officier. Après l’enlèvement de sa fille Perséphone par le souverain des morts, Déméter, déesse nourricière, conjura Zeus de lui rendre sa fille. Sensible à sa peine, il accepta le retour de Perséphone pourvu qu'elle n’ait rien mangé dans le vaste empire des morts. Cependant, les lois du Destin en décidèrent autrement. Ascalaphe rendit impossible le retour de la jeune déesse sur Terre en dévoilant à Zeus avoir vu Perséphone rompre son jeun imposé par les Parques, en portant quelques grains de grenade à ses lèvres. Les termes de l'accord furent donc changés, et le roi des dieux décida que Perséphone devait passer six mois de l’année dans les ténèbres éternelles près d'Hadès son mari et l’autre moitié sur Terre en compagnie de sa mère. Indignée de cette indiscrétion, Déméter vengea sa douleur en jetant de l'eau bouillante du Phlégéthon à la figure du cruel délateur, le changeant aussitôt en hibou. La déesse Athéna prendra sous sa protection cette sinistre créature aux funestes présages et aux cris lugubres qui veille la nuit et l'avertit au moindre bruit !

Ascalaphus is turned into an owl. Engraving by Johann Ulrich Krauß, 1690.


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28 juin 2012

L’Asphodèle, fleur des Enfers d'Hadès

Poireau de chien, bâton royal, bâton blanc, fer de pique... L’Asphodèle s'épanouit dans les garrigues, les chemins caillouteux et les pâturages rocailleux. La longue tige de cette plante couverte de jolies fleurs blanches ou jaunes maquillées d’un trait brun au milieu de chaque pétale, apparaît au-dessus d’une rosette de feuilles étroites et pointues. Ses racines charnues à la saveur sucrée et aux vertus diurétiques sont comestibles après une longue cuisson. Autrefois, relieurs et cordonniers usaient de l'amidon contenu dans sa racine pour fabriquer une colle naturelle. Symbole de deuil, les anciens fleurissaient les tombes des défunts avec des bouquets d’Asphodèles. Cette plante qui pousse sur les terres arides et funèbres, est liée aux déesses infernales qui entrelacent leur belle chevelure de ces ravissantes fleurs. Dans les Enfers d’Hadès, il existe une prairie toute semée d’Asphodèles qui régalent l’âme des morts et leur confèrent la vie éternelle !


Asphodelus luteus (modified): Prof. Dr. Otto Wilhelm Thomé "Flora von Deutschland", Österreich und der Schweiz 1885, Gera, Germany.


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13 mai 2012

Eurydice et Orphée

Tendre compagne d'Orphée, Eurydice fut, le jour de ses noces, alors qu’elle fuyait les avances du berger Aristée, piquée au talon par un redoutable serpent et mourut dans l’instant. Tandis que les cris des Dryades éplorées retentissaient dans les forêts, Orphée inconsolable jura de la faire revenir de l'Hadès. Eperdu de chagrin, il se tourna en vain vers le ciel qui resta sourd à ses appels. Fils de la muse de l’éloquence Calliope, Orphée savait subjuguer les plus insensibles et les choses inanimées par ses poésies et sa lyre enchantée. Les bêtes sauvages suivaient ses mélopées envoûtantes, les fleuves arrêtaient leur cours pour l’écouter et les Dryades quittaient leurs arbres qui, eux-mêmes, se penchaient pour entendre l’ivresse des accords qui sortaient de son instrument. Désespéré d’avoir vu son épouse mourir sous ses yeux, il entreprit de franchir les rives du Styx aux eaux glacées et de descendre aux Enfers pour ramener Eurydice. Il charma par le son de sa lyre les trois têtes hurlantes de l’horrible Cerbère et captiva par l'harmonie de ses chants toutes les puissances infernales pour obtenir le retour de sa compagne. Emus par sa douleur et sensibles à la mélodie de sa lyre enchanteresse, la reine Perséphone et le ténébreux Hadès consentirent à lui faire grâce, à la seule condition qu’il précède Eurydice pendant sa sortie des Enfers et qu’il ne la regarde qu’après avoir franchi le monde des ombres. Cependant, la peur de perdre Eurydice et le désir impatient de revoir sa chère épouse, le fit se retourner. La pauvre nymphe prête à revoir la lumière tendit les bras. Orphée voulut les attraper mais il n'embrassa qu’une ombre plaintive. La mort emporta sa bien-aimée qui disparut une seconde fois dans le sombre empire ! Accablé de douleur, Orphée se retira loin du monde sur le mont Rhodope et vécut en seule compagnie des animaux qui accouraient au son divin de sa lyre. Un jour pourtant, les ménades toutes de pampre couronnées, trouvèrent sa retraite. En proie au délire dionysiaque, ces nymphes farouches aux yeux rougis par le vin, invitèrent le jeune homme à l’amour. Insensible à leurs charmes, Orphée les méprisa. Rendues furieuses par son dédain, les ménades ivres de rage mirent en pièces le corps de l'amant éploré. Puis, de leurs mains ensanglantées, elles dispersèrent ses membres déchirés dans les campagnes et jetèrent dans l’Hèbre la tête du chantre sacré sous le regard des naïades endeuillées ! On affirme encore aujourd’hui que dans le tumulte des eaux, on entend parfois un soupir lugubre sortir des flots qui résonne à l’infini comme un écho ; Eurydice, Eurydice… Ces deux illustres époux, furent enfin réunis aux Enfers dans la demeure des amants vertueux et la lyre placée dans le ciel par les dieux !

Orpheus and Eurydice entre 1870 et 1880 - George Frederick Watts.


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7 juin 2012

Les vertes dryades, environnées d’ombrage et couronnées de feuillage

Ces divinités sylvestres environnées d’ombrage et couronnées de feuillage, foulent d'un pas léger les chemins silencieux et obscurs des forêts. Hache à la main et toujours prêtes à punir les outrages faits aux bois dont elles ont la garde, les dryades veillent farouchement sur les sentiers bordés d’arbres aux sombres ramures remplies de murmures. Au contraire des Hamadryades qui meurent avec l'arbre avec lequel elles sont nées, les dryades vagabondent et se divertissent librement dans les forêts et les bois fraîchement ombragés. Parfois, dans quelques bosquets mystérieux, on entend les rires et les soupirs de plaisir de ces tendres divinités en compagnie des faunes, des satyres et des bergers. Les jours de fêtes, les dryades aiment se rassembler autour de leurs arbres aux immenses racines et aux rameaux couverts de bandelettes et d'offrandes. Sous ces branchages parés de guirlandes, elles enlacent les troncs des arbres vénérés en formant des rondes et des danses légères. Il y a bien longtemps, avant d'abattre un arbre dans les forêts divines, il était de coutume d'invoquer les dryades par une formule enchantée afin qu’elles quittent leur chêne sans être courroucées. Les ministres de la religion devaient déclarer solennellement que les nymphes forestières avaient abandonné leurs verdoyantes demeures en toute sérénité, pour empêcher les humains de détruire leurs bois en toute impunité !

"Femme forêt", 2008 © Cécile Decorniquet Studio


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18 mars 2012

Les intrépides nymphes oréades

Belles et chastes, ces nymphes farouches au port altier règnent sur les contrées sauvages, les forêts isolées et hantent les plus inaccessibles sommets. Compagnes de la déesse Artémis, les Oréades peuplent la solitude des montagnes et sillonnent les sentiers montueux et les chemins escarpés de l’Etna. Retirées loin du monde, elles séjournent dans les antres frais et sombres des rochers que le temps à ouvragé. Celui qui s'enflamme pour leur charme et ose s'aventurer dans ces lieux sacrés, sera durement châtié. L’arc à la main, ces chasseresses traquent avec ardeur le gibier des bois de leurs flèches mortelles, à la suite de la divine Artémis. Le front couvert de sueur, épuisées par leur longue course sur les hauteurs, elles reviennent en troupe joyeuse et triomphante. Ensemble, elles célèbrent leur retour en chantant des hymnes à la gloire de leur déesse couronnée d'un croissant de lune. Chaque jour, ces amantes des montagnes et des bois posent leurs armes et suspendent leurs habits de chasse dans les arbres feuillus pour délasser leurs attraits dans les ondes fraîches et ombragées des naïades. Quelques-unes montent la garde pour qu'aucun regard ne puisse surprendre la grâce et la beauté de ces nymphes pudiques et effarouchées. Quelquefois on peut apercevoir, par-delà les cimes embrumées, le cortège des Oréades armées d'arcs et de flèches qui entoure le char d'Artémis tiré par quatre biches !

Nymphs bathing, Hendrick van Balen & Jan Brueghel the Elder, XVIIème siècle.


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5 juillet 2014

Métis, fille d'Océan et de Téthys

Métis ou prudence, incarne la raison, la ruse et l’intelligence. Zeus en appela à la clairvoyance de cette Océanide et à ses précieux talents pendant sa lutte contre les Titans. Grâce à son aide il rendit la vie à ses sœurs et frères, Hestia, Héra, Hadès, Poséidon et Déméter engloutis dès leur naissance par Cronos leur père. Métis composa un breuvage puissant qui provoqua chez Cronos de si terribles vomissements qu’il recracha tous ses enfants. Détrôner par sa progéniture avec l'aide des Cyclopes et des Géants, il fut jeté dans les profondeurs du Tartare. Zeus put ainsi, au prix d’une longue guerre contre les Titans, régner en maître sur l'Olympe. Choisit par Zeus pour être sa première femme, Métis lui résista en prenant de multiples formes pour lui échapper, en vain. Elle se soumit au roi de l'Olympe et porta en son sein la déesse de la Guerre des arts et de la sagesse, Athéna. Cependant, un oracle rendu par Ouranos et Gaia, prédit à Zeus que le prochain enfant qu’elle mettrait au monde l’évincerait du pouvoir par sa grande sagesse et sa puissance. Pour déjouer la prophétie et avant la délivrance, le dieu avala Métis et sa progéniture. C'est ainsi que la vie de Métis s’est brusquement écourtée et que ses amours éphémères avec Zeus se sont terminés. Mais on prétend que du fond de ses entrailles, Métis le guide et le conseille sur le bien et le mal !

Naissance d'Athéna (Métis est figurée allégoriquement sous le siège de Zeus), tripode à figures noires, v. 570-560 av. J.-C.musée du Louvre (CA 616).


MAGIE VERTE, les herbes et les arbres enchantés


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